04 mai 2026 -IAM, News
Hugues Chevalier, Economist
Le détroit d’Ormuz est bloqué depuis exactement deux mois, soit depuis le 28 février dernier. Il s’agit de l’une des voies maritimes majeures pour l’approvisionnement mondial en énergie, par laquelle transitent 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits raffinés, ainsi qu’un volume similaire de gaz naturel liquéfié (GNL), dont 80 % sont à destination de l’Asie. Le net rebond des prix de l’énergie et de tous les biens intermédiaires produits à partir du pétrole et du gaz frappe désormais directement les économies européennes. Les dernières enquêtes publiées en Allemagne signalent que c’est désormais toute la chaîne de production qui est touchée, sans pour autant atteindre (pour l’instant) les problèmes rencontrés au début de l’invasion russe en Ukraine, en 2022. Ainsi, l’indicateur phare IFO a atteint en avril son plus bas niveau depuis le mois de mai 2020, au début de la pandémie. Plus inquiétant encore, toutes les composantes de l’indice ont chuté. Les perspectives de croissance pour 2026 sont donc revues à la baisse, comme l’a annoncé le gouvernement le 22 avril dernier. En effet, en début d’année, les instituts de conjoncture (IFO, DIW, etc.) tablaient sur une croissance du PIB de 1,3 % en 2026. Celle-ci est désormais corrigée à 0,5 % pour 2026 et à 0,9 % pour 2027 (contre 1,3 %). Or, le gouvernement avait annoncé un plan de relance de 1 000 milliards d’euros pour les 10 prochaines années, censé sortir enfin l’économie d’outre-Rhin d’une stagnation entamée en 2019. Sans cet effort de relance, la stagnation aurait perduré cette année. Les suppressions d’emplois dans l’industrie se poursuivent à un rythme de 10 000 postes par mois, et la production industrielle devrait encore stagner cette année. Lors de la traditionnelle foire d’Hanovre, qui s’est tenue la semaine dernière, les dirigeants d’entreprise estimaient que les principaux problèmes ne provenaient pas de la concurrence chinoise ou des droits de douane américains, mais de la compétitivité de l’économie, plombée par les coûts élevés de l’énergie, les charges salariales et le poids de la bureaucratie. Dans tous les cas, le net ralentissement de l’activité outre-Rhin aura un impact sur les entreprises industrielles en Suisse et sur la croissance.