Le yuan, arme d’exportations massives

13 février 2026
-IAM, News

Hugues Chevalier, Economist

Au cours des trois dernières années, le yuan a en effet chuté de plus de 25 % face au franc et de 22 % face à l’euro, ce qui donne un avantage concurrentiel énorme aux exportations chinoises. Le yuan est désormais au plus bas depuis plus de dix ans. En termes réels (en tenant compte de l’inflation) et face à un panier de devises principales, la monnaie chinoise a perdu 15 % depuis 2022. Cette dévaluation constante du yuan ne s’explique pas sur le plan économique, alors que le pays affiche un excédent commercial colossal de 1 200 milliards de dollars en 2025 (en hausse de 200 milliards par rapport à 2024) et une croissance du PIB avoisinant 5 %.  Selon le modèle de Goldman Sachs, le yuan serait sous-évalué de 25 % en décembre 2025. Contrairement aux monnaies des pays de l’OCDE, le yuan ne fluctue pas librement sur les marchés. Son cours est fixé par l’État et la banque centrale, qui exercent un contrôle total sur les flux de capitaux. Tous les matins, à 9 h 15, c’est la Banque populaire de Chine qui fixe le cours du jour, avec une marge de fluctuation de 2 %. Les flux de capitaux sont contrôlés pour les entreprises, les particuliers et les institutions financières étrangères, qui ne peuvent pas « rapatrier » des fonds comme ils le souhaitent. Cette dépréciation, voulue par les autorités, donne un avantage concurrentiel aux exportations, qui constituent pour l’instant le seul facteur de croissance en Chine. Cependant, cela impacte les exportateurs européens (notamment allemands), dont les prix sont désormais inaccessibles pour les consommateurs chinois.  Ainsi, ces dix dernières années, les exportations vers la Chine ont reculé de 0,5 % du PIB de la zone euro, pénalisant notamment les secteurs de l’automobile et de la chimie. Le FMI, pourtant très prudent, estime que « la dépréciation du taux de change exacerbe les déséquilibres extérieurs ». La politique du yuan faible est pour le moins paradoxale pour la deuxième économie mondiale, qui souhaiterait que sa devise devienne une monnaie de réserve. Elle ne le deviendra pas tant que son taux de change reste « manipulé ».

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