15 juin 2026 -IAM, News
Hugues Chevalier, Economist
La baisse des ventes en Europe depuis plusieurs années, la concurrence chinoise et l’électrification du secteur obligent les constructeurs automobiles européens à réduire leur production et leurs capacités de production, notamment dans le secteur des moteurs thermiques. Cependant, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et l’augmentation des dépenses publiques dans le secteur de la défense, la demande d’armement et de systèmes de défense a explosé. Les capacités de production dans ce secteur avaient en effet été fortement réduites à la suite de la chute de l’URSS dans les années 1990.
Aujourd’hui, les capacités de ces entreprises ne suffisent plus à satisfaire la demande. C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs mois, les constructeurs automobiles fabriquent de l’armement ou cèdent des unités de production inutilisées à des filières de l’armement. En France, plusieurs équipementiers ont déjà amorcé ce changement, alors que le secteur automobile traverse une crise importante depuis 2010, avec plus de 30 % des effectifs supprimés. Produire de l’armement dans les entreprises automobiles présente plusieurs avantages. Ce secteur sait produire en grande série, avec des niveaux de qualité élevés, dans des sites situés en France, tout en maîtrisant les chaînes d’approvisionnement.
Ainsi, Renault aménage une ligne de production de drones dans son usine du Mans, malgré l’opposition de certains syndicats. Scania a, quant à lui, converti une partie de son usine d’Angers pour construire des camions militaires. En Allemagne, on observe une tendance similaire avec la possible reconversion de l’usine Volkswagen d’Osnabrück pour la fabrication de matériel militaire. Toutefois, la reconversion, même partielle, de la filière devrait dépendre des carnets de commandes et des garanties de l’État. En effet, la conversion de lignes de production nécessite des investissements importants.
Renault a d’ailleurs exigé des investissements de l’État pour convertir ses lignes de production à la fabrication de drones. Par ailleurs, les volumes sont inférieurs à ceux de l’automobile. Enfin, le secteur de la défense est très encadré, avec des règles de sécurité, de cybersécurité et de certification plus strictes que dans l’automobile. Cependant, la conversion pourrait permettre de sauver des milliers d’emplois. En effet, selon l’institut Xerfi, 75 000 emplois supplémentaires devraient être supprimés dans le secteur automobile d’ici 2030. Le secteur de la défense pourrait donc sauver un secteur automobile européen en pleine déroute.