13 avril 2026 -IAM, News
Hugues Chevalier, Economist
Le 28 février dernier, le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 millions de barils par jour (pétrole brut et produits raffinés), dont 80% sont à destination de l’Asie, a été fermé. A cela s’ajoute un volume identique de gaz liquéfié à destination de l’Asie. Parallèlement à cette fermeture, les prix du brut ont explosé pour atteindre 120 dollars le 9 mars dernier à la suite de l’attaque d’un pétrolier. Un mois après le début du conflit, le prix du baril de brut s’est apprécié de 54.3% (112 dollars le 27 mars) et de 84% depuis le début de l’année. Il s’agit donc d’une contrainte sur l’offre (20% de la production « normale » n’est plus livrée) et d’un choc de prix. Pour parer à ce choc, le 11 mars dernier, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont annoncé le déblocage de 400 millions de barils tirés des stocks d’urgence. Il s’agit d’une première depuis la création de l’AIE. Par ailleurs, pour stabiliser le marché, les Etats-Unis autorisent la Russie à vendre son pétrole stocké sur des navires pendant 30 jours. Ce qui ravit évidemment les autorités russes qui ont besoin de ces débouchés pour financer leur guerre d’invasion en Ukraine. Avec l’attaque le 18 mars dernier du plus grand terminal de gaz liquéfié au Qatar par l’Iran, la guerre du gaz s’intensifie : ce sont désormais les installations énergétiques qui sont attaquées en Iran et dans les autres pays du golfe. Même si le détroit d’Ormuz était rouvert à la circulation maritime, les niveaux de production de gaz et de pétrole n’atteindraient pas ceux d’avant le 28 février, ce qui augmenterait encore les risques de pénurie sur les marchés mondiaux. Les prix du gaz ont d’ailleurs doublé depuis le début de l’année. Les conséquences du blocage des livraisons de brut et de gaz en Asie se sont rapidement fait sentir. En Corée, le gouvernement a annoncé des mesures de « contrôle » de la consommation d’énergie. En Inde, la distribution de gaz est désormais rationnée. Au Vietnam, des centaines de vols intérieurs ont été supprimés pour économiser le carburant et, dans d’autres pays (notamment Laos), près de la moitié des stations-service ont été fermées. Enfin en Chine, premier importateur mondial de pétrole et de gaz naturel, des raffineries sont fermées (par manque de pétrole) et des « mesures » de rationnement sont mises en place. Le choc n’est donc pas seulement inflationniste comme en Europe ou en Amérique du Nord, mais également d’offre, notamment en Asie. Les risques pour la croissance mondiale augmentent donc à mesure que le conflit dure.