Menace d’un nouveau choc énergétique et économique

16 mars 2026
-IAM, News

Hugues Chevalier, Economist

Alors que l’Europe se remet enfin du choc énergétique de 2022, provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un nouveau choc énergétique et économique se profile, dont l’ampleur reste pour l’instant inconnue. En effet, le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du gaz liquéfié mondial et 25 % du pétrole, est fermé à la suite du conflit en Iran mené par les États-Unis et Israël. Le prix mondial du pétrole a bondi de plus de 45 %, passant de 61 dollars le baril le 2 janvier dernier à 115 dollars le 9 mars, et celui du gaz de près de 100 %. Les conséquences économiques de l’explosion des prix du pétrole dépendront de la durée du conflit. En cas de prolongation, l’Asie serait la région la plus touchée, car près de 85 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) transitant par le détroit d’Ormuz sont destinés à l’Extrême-Orient. La Chine pourrait payer cher ce conflit, car elle bénéficiait jusqu’alors du pétrole « bon marché » du Venezuela et de l’Iran, ce qui n’est plus le cas.  L’Europe est en effet moins dépendante du détroit d’Ormuz pour son approvisionnement en gaz (3 % du total) et en pétrole. Toutefois, c’est à travers la hausse des prix à la consommation et son impact sur la croissance économique que ce conflit pourrait peser. En effet, selon l’institut de conjoncture Rexecode, une hausse de 10 dollars du prix du baril de pétrole provoquerait un recul de la croissance de 0,1 à 0,2 point en Europe. Or, depuis le début de l’année, le prix du brut a déjà augmenté de 30 dollars, ce qui équivaut à une perte de 0,3 à 0,6 point de PIB. Les économies très dépendantes des hydrocarbures, comme l’Allemagne et l’Italie, seraient encore plus impactées. Outre la problématique de l’énergie, 40 % des importations alimentaires (céréales, etc.) de l’Arabie saoudite et même 90 % de celles du Qatar transitent par le même détroit. À cela s’ajoute, comme lors de la pandémie de Covid, une désorganisation du transport de fret aérien, avec la fermeture des trois principaux hubs du Moyen-Orient, qui représentent près de 20 % de la capacité mondiale de fret aérien. Un arrêt prolongé du fret aérien risque de perturber les chaînes d’approvisionnement entre l’Asie et l’Europe. Les tensions sur les prix de l’énergie, des produits alimentaires et des composants industriels destinés à l’Europe vont s’aggraver avec la prolongation du conflit. Les conséquences sur la croissance économique ne tarderont donc pas à se faire sentir.

Loading...